Ma jument a des problèmes psychiatriques
- il y a 2 jours
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Hypothèses de diagnostics : anxiété généralisée (débalancement des neurotransmetteurs du cerveau), agressivité intra/interspécifique, communication intraspécifique anormale, comportement compulsif. Rien de moins.
Je vis cette annonce comme une délivrance et un soulagement pour ma part, même si, bien évidemment, j’aurai préféré qu’elle n’ait pas ce genre de problèmes. Je le disais avant par constatation, mais je peux le dire maintenant par affirmation : ma jument est différente.
Je ne souhaite à personne d’avoir un cheval comme ça. Même pas à mon pire ennemi. C’est très formateur certes, mais c’est vraiment très dur sur le moral humain.
Comment en est-on arrivé là ? J’ai d’abord beaucoup cherché, mais vraiment, vraiment beaucoup. À l’époque où j’ai eu ma jument, on m’a dit que ses réactions étaient normales pour une thoroughbred. Mais je constatais pourtant que c’était des réactions supérieures à ce que l’on rencontre : hypervigileance, hypersensibilité tactile, jamais de progression solide dans l’apprentissage, aucune généralisation, etc.

Alors j’ai commencé une quête pour comprendre ma jument. Parfois, un petit chemin qui paraissait simple et tranquille, et parfois un véritable chemin de croix. Ça m’a amené a modifier ma compréhension et mon approche des chevaux ainsi que de l’équitation. Et en réponse à ça, j’ai été rejetée groupe social équestre dans lequel je me trouvais à l’époque : on ne m’adressait presque plus la parole, on disait que ce que je faisais c’était n’importe quoi, les gens qui voulaient faire comme moi se faisaient dire qu’il ne fallait pas, dès que je faisais un truc j’étais pointée du doigt. Ça a été dur. Vraiment. Ces personnes m’ont rejeté par incompréhension de la situation sans chercher à discuter et s’ouvrir à autre chose que ce qu’elles connaissaient. J’ai pleuré, j’ai été découragée, j’ai ragé, mais j’ai eu la chance d’être soutenue par quelques personnes. Et celles-ci m’ont donné la force de continuer. Merci à elles du fond du cœur.
J’ai été chercher des connaissances dans « tous » les domaines : biomécanique du cheval et des humains, les dents, les pieds, ergonomie du trio selle-bride-mors, médecine traditionnelle chinoise, acupression/Mastherson, nutrition et compléments alimentaires, le comportement et les émotions, etc. En plus, j’ai déménagé ma jument au paradis des chevaux : respect des besoins fondamentaux, priorisation du cheval en tant qu’être vivant et pas pour valoriser son égo d’humain. Mais comme un cercle vicieux, plus j’écoutais ce que Nala avait a dire et plus je comprenais qu’elle n’était pas bien, malgré tous les changements fait. La racine du problème était très très profonde.
Les différentes personnes/pro qui nous suivent disaient souvent : tu es résiliente, elle a de la chance de t’avoir, je n’ai jamais vu un cheval comme ça, je ne comprends pas pourquoi elle réagit comme ça, je n’ai jamais vu ça… Un cas d’école comme ça, on n’en voit pas souvent (et franchement, heureusement !).
Je suis devenue comportementaliste pour arriver à mieux la comprendre. Plus j’apprenais, plus je constatais qu’elle ne réagissait pas comme les autres chevaux. Je vis donc avec un fort « syndrome de l’imposteur » : j’accompagne des duos humain-équin pour les aider dans leurs problèmes et je n’arrive même pas à aider mon proche cheval ! Pourtant ça fonctionne avec les personnes que j’accompagne et les autres chevaux que je travaille. Pas avec la mienne… Je me fais mentorer par d’autres personnes bien calées en comportements/émotions. On teste des choses, ce n’est pas facile, on avance à 0,0001 % des autres chevaux. Je vois une infime amélioration, mais amélioration quand même.

Et puis là, boum : Nala a un problème à l’œil droit et on doit le lui enlever… C’était déjà un challenge de haute voltige quand elle avait deux yeux, mais avec un seul je sais que le défi est intergalactique…
J’ai encore continué à lire sur les chevaux, mais cette fois-ci sur le cerveau et les problèmes mentaux que l’on rencontre. Il y a encore peu d’études, mais après réflexion, j’avais le sentiment que le problème se situait au niveau des neurotransmetteurs dans le cerveau. Qu’elle manquait de sérotonine et peut-être avait aussi un problème au niveau de la noradrénaline. Bref, qu’elle avait des problèmes psychiatriques. Mais sans être véto, je fais quoi avec ça ?
Je remercie sincèrement ma vétérinaire qui ne m’a pas pris pour une illuminée et qui m’a dirigée vers une consultation comportementale avec une vétérinaire spécialisée en psychiatrie animale. La psychiatrie est la branche de la médecine qui s'intéresse au diagnostic, au traitement et à la prévention des troubles mentaux, émotionnels et comportementaux. Et oui, il y aussi des troubles mentaux chez les chevaux (et les autres mammifères d’ailleurs).
Cette vétérinaire m’a confirmé qu’après tout ce que j’avais mis en place, il était anormal que Nala soit encore comme elle était. Que le problème venait de son cerveau, de la chimie qui se fait (ou plutôt ne se fait pas) dans son cerveau. La vétérinaire m’a aussi dit que je lisais très bien ma jument, m’a félicité d’avoir tout changé dans ma vie équestre pour ma jument, car elle sait combien c’est très difficile ce que je vis. L’avantage d’avoir déjà fait de très nombreux changement dans la vie de Nala, c’est que toutes les autres causes possibles sont éliminées et que la vétérinaire peut aller plus vite traiter le fond du problème.
Quand je suis allée voir Nala le jour même je lui ais dit : « je ne suis pas folle, tu as vraiment quelque chose qu’on ne rencontre pas souvent mon p’tit bouchon et on va t’aider ».

C’est le début d’un nouveau chapitre pour nous, car maintenant il faut trouver la bonne molécule et le bon dosage qui va l’aider. Ça va prendre plusieurs mois. Par la suite, peut-être en aura-t-elle besoin temporairement, peut-être toute sa vie. On verra. Maintenant à moi de m’organiser pour tenter absolument tout ce que je peux pour l’aider. Réduction des dépenses pour moi et augmentation pour Nala, on ne va pas se cacher.
Mais pourtant, je ne peux pas la laisser souffrir, emprisonnée dans sa tête, et faire comme si je ne voyais rien. Je vais l’aider au maximum de mes capacités et compétences.
Merci à la famille, aux ami·es ou encore à ma clientèle qui m’encourage là-dedans. Je suis chanceuse de vous avoir.
